[Droit d’asile]

TEMOIGNAGE !

Suivi famille 9 enfants

Ceci ne se veut pas un rapport officiel ni juridique d’une situation, simplement un témoignage d’un état de fait actuellement en cours.

Suite à l’expulsion manu militari le 23 décembre 2008 d’une famille avec 9 enfants de 1 à 15 ans du Petit Château1, ils ont été hébergés par le CASU rue des Minimes à Bruxelles. Devant cette situation de précarité, j’ai souhaité me rendre compte de leurs conditions de vie et me suis rendue sur place.

Visite le 18 janvier 2009

A mon arrivée je suis accueillie avec une chaleur énorme de la part des enfants, l’une d’elle se blottit contre moi en larmes de joie ! Ils ne m’avaient vue que quelques temps le jour de leur expulsion du Petit Château le 23 décembre dernier. . .

La famille est toujours hébergée rue des Minimes, prise en charge par le CASU (structure d’aide aux sans-abris).

Une des mères et ses six enfants sont installés dans un logement comportant deux pièces meublées de quelques sommiers, tapis au sol et 1 chaise, et d’une "cuisine" vide, comportant comme seul mobilier un placard et une pièce d’eau. L’autre famille père, mère enceinte et trois enfants est logée dans un autre appartement similaire.

La situation générale : la famille ne comprend pas les procédures auxquelles elle est soumise, le 15 janvier il leur fut dit qu’ils sauraient quel sort les attend le 12 février 09.

Cette incertitude est particulièrement mal vécue du fait qu’elle entraîne encore et toujours la déscolarisation des enfants.

Ils sont dans une situation de dénuement total. Les repas insuffisants sont fournis de manière irrégulière et sont inadaptés de toute façon pour des enfants. Une maman se plaint du fait d’être en manque de lait et de couches pour les bébés. Cet état de fait inquiète énormément les deux mères qui ne savent pas quoi faire.

Les enfants, les aînés du moins, s’expriment dans un néerlandais fort sommaire mais permettant un minimum de communication. Ils sont tristes de ne pouvoir aller à l’école. Les quelques livres et jeux que j’ai apportés constituent les uniques possessions enfantines. Un des garçons entoure le ballon de ses deux bras comme un réel trésor.

Je promets de revenir avec un interprète qu’ils disent connaître et pouvoir faire venir.

Visite le 23 janvier 2009

Toujours installés dans les logements précaires de la rue des Minimes, rien n’a évolué depuis ma dernière visite. Les mines sont graves, ils ont tous faim. Malheureusement pas d’interprète. Il est 15h30 lorsque j’arrive et ils n’ont encore rien reçu de la journée. Vers 16h30 ils peuvent aller chercher à manger, la maman remonte avec une boîte en plastique contenant un fond de soupe rougeâtre genre eau de vaisselle, et un pain. C’est tout. On m’explique qu’on attend vers 18 h30 le deuxième repas du jour qui généralement est plus consistant, genre, pâtes ou riz avec de la viande. Cependant, la fille aînée m’explique que les quantités sont tellement insuffisantes que les enfants mangent à tour de rôle …. un jour l’un peut manger, un jour l’autre. Ils m’apprennent que la maman enceinte a fait une fausse couche suite au manque de nourriture suffisante. Le médecin lui a prescrit des médicaments à prendre avec les repas ; il 16h45, elle n’a toujours pas pu les prendre faute de repas.

De plus, le papa insiste encore et toujours sur le fait que ses enfants sont déscolarisés et complètement isolés de tout.

Il me retrace avec difficulté son parcours duquel il ressort qu’il aurait été écarté d’un centre et envoyé dans un autre sans ses enfants, parce qu’il ne "s’adaptait pas" pas au groupe. Il interprète cette attitude comme résultant de sa demande insistante de voir ses enfants aller à l’école comme tous les autres. Cette séparation a été très dégradante pour lui et les enfants et déstabilisante pour tous.

Pour ce qui est des démarches qu’il n’aurait pas "voulu" effectuer, il faut savoir que les explications qu’il semble avoir reçues n’aient pas été entièrement claires pour lui, voire contradictoires, notamment en ce qui concerne une inscription au CPAS. Il y a également des éléments tout simples tels que de ne pas avoir de carte de tram qui entrent en jeu et rendent les moindres déplacements impossibles.

Il semble déraisonnable de dire qu’il n’ait pas voulu quitter le centre et que donc il a bien fallu l’en expulser ! Comment imaginer qu’un père de famille sorte de plein gré sa famille pour la placer sur le trottoir !

Certains éléments rapportés sont troublants, tel que le fait qu’il aurait introduit au HCR trois annexes de demande d’asile et qu’après photocopie, il n’en ait récupéré que deux. Il a eu beau réclamer la troisième, cela lui aurait été nié.

Il y a dans ces logements d’autres familles aussi mal loties et sous alimentées, j’ai vu une famille en provenance du Sahara Occid. avec 7 enfants qui attendaient. Un des fils à qui je tendais une veste que j’avais apporté m’a dit : "ah, merci beaucoup, je vais pouvoir sortir jouer aussi, j’avais trop froid avant !"

La nuit du 22 au 23, un jeune homme aurait quitté sa chambre pour se rendre sur les hauteurs du Palais de Justice et se suicider.

GP le 28/01/2009